Tobago Cays
Réveil dans un endroit magnifique. Direction la nage dans la ceinture de corail, au milieu des poissons, des raies et des tortues. On est pas mal… vraiment pas mal.
À 12h30, notre assistance d’hier passe au bateau. Nous avons réservé la veille, juste après l’amarrage, des homards au restaurant-grill de la plage.
On embarque avec lui : les homards sont déjà sur le barbecue. Punch, homard, riz créole… on ne peut pas faire mieux. Petit tour sur l’île — enfin sur le caillou plutôt, c’est minuscule.
Ça sent les vacances…
Ce soir, direction l’île de Mustique pour un mouillage dans la baie et un café-resto créole sur la plage. Je vous dis, les vacances, les vraies, après les boîtes de conserve du bateau.
À 16h00, on part. Arrivée prévue à la tombée de la nuit. Pas de souci cette fois, le mouillage est facile.
Le vent est stable, on est au près, vent de face, ça file bien. On repasse devant une île croisée hier en venant. En effet, on remonte un peu vers le nord car on doit être en Guadeloupe pour le 21. Dernier mouillage avant 24 heures de navigation pour la destination finale.
Mais il nous manquait un peu de fun au programme après le paradis et les homards…
On borde les voiles pour remonter au vent. Un léger flottement sur la voile d’avant… Serait-ce encore le génois qui tombe ?
Pas besoin de dix secondes pour comprendre que cette fois, c’est le mât qui est en train de tomber en arrière.
L’équipage réagit très vite : bateau face au vent, en marche arrière. On se jette sur les drisses de spi pour éviter la chute totale. La drisse de génois en Dyneema (textile ultra costaud) ralentit la chute. La disqueuse est assemblée en un temps record au cas où il faudrait couper les haubans.
OK, le mât est très incliné mais pas couché. On sécurise le balant latéral potentiel… Bref, ça réfléchit vite et bien sur le bateau, et il faut le souligner.
Une annexe d’un immense voilier au mouillage vient à notre rencontre pour nous aider. Ils ont été très rapides, équipage ultra pro. Ils contactent la marina, qui n’est pas loin, pour nous donner un coup de main dans la petite panique du moment.
La marina est prévenue, ils envoient aussi un zodiac pour nous escorter. Il fait nuit noire. On fait route en marche arrière pendant une bonne heure pour enfin entrer dans la marina et amarrer le bateau.
La première annexe du gros bateau vient jusqu’à la marina prendre de nos nouvelles. On discute un peu, ils prodiguent quelques conseils. Une vraie solidarité de gens de mer.
Allez, on ressort la plancha sur le quai de cette marina déserte. Une marina Playmobil : tout est propre, beau, magnifique… mais vide.
On dénote un peu, assis en tailleur dans la nuit sur le quai, avec nos oignons qui grillent à côté du poulet.
Les théories vont bon train sur ce qui s’est passé : la pièce de l’étai (le câble qui tient le mât à l’avant) a cassé ? S’est dévissée ? Le filetage a rompu ? Beaucoup d’interrogations.
On envisage la suite : coucher le mât ou le redresser ? That is the question!
Coucher le mât sans grue, pas possible, trop dangereux. On planifie donc une solution d’élingage pour le lendemain matin. C’est décidé : on tente de remettre ce mât droit sur Mowgli. Pour l’instant, dodo… la nuit porte conseil.
Réveil à 6h30, café cette fois. On échange nos hypothèses nocturnes. On est d’accord : on tente de redresser le mât avec les drisses de spi, frappées sur des plots en béton de la marina.
OK, on prépare le chantier. Matthieu doit élever la voix avec les responsables du port, qui refusent qu’on utilise les supports de réverbères comme points d’appui. Matthieu négocie bien : on a une heure devant nous.
On commence la manœuvre. Une vraie symphonie de drisses, de winchs et de consignes. Dix centimètres par dix centimètres, le mât se redresse dans le bon axe. On prend le temps à chaque étape, comme on l’avait planifié au mieux. Un imprévu, une petite erreur, sans conséquence heureusement.
Yes ! Le mât est droit. La pression peut redescendre. On sécurise au mieux. Une petite visite en haut du mât pour remettre de l’ordre et tenter de comprendre…
De l’ordre, oui. La raison de la casse, toujours pas.
Rangement, douche, petite bière pour fêter un bateau qui a retrouvé fière allure. Il est temps de se remettre en route : il reste 200 milles pour la Guadeloupe. Et cette fois, impossible de faire de la voile… ce sera donc beaucoup, beaucoup trop de moteur qui nous attend.
Au final : un incident sans explication pour le moment, un équipage qui a très bien réagi, énormément de chance que cela arrive ici et pas au milieu de l’Atlantique, une belle solidarité de gens de mer.
Et encore une fois, une bonne étoile pour nous.
Prochain stop : la Guadeloupe.